En préambule, j'aurais aimé vous dire du bien de ce France - États-Unis fraichement passé, de ce France - Belgique presque à venir. J'aurais bien aimé mais c'est impossible: définitivement, ce football dépassé, ces matches sans avenir ne rentrent pas dans la juridiction du Footballogue. Vu le contexte dense et concurrentiel du calendrier international, je prône la suppression définitive des matches "amicaux" entre sélections nationales.
Dès lors, que conclure de la victoire des Bleus vendredi soir face aux États-uniens (1-0)?
1/Le label "Bleu" ne suffit pas, ne suffit plus à combler les travées du Stade de France, antre de leur gloire jaunie. Même par jour férié, même par temps clément, même via des places au rabais. Mais on le savait déjà.
2/Le label "International" ne suffit pas, ne suffit plus à motiver des joueurs phagocytés par le véritable haut-niveau mondial: le football de clubs, leurs clubs qui les paient, les exposent, en font des icônes mondialisées. Nasri a fait le coup de la blessure opportune, Landon Donovan, le meilleur d'entre les Yankees et coéquipier de David Beckham au Galaxy de Los Angeles, a préféré se réserver pour la finale MLS, le championnat nord-américain, laquelle est programmée pour le... 21 novembre. Cela aussi, on le savait.
3/Pour briller, Karim Benzema préfère la compagnie de Cristiano Ronaldo à celle de Kevin Gameiro. Avec lui, les Bleus n'ont pas perdu un match sous l'ère Blanc, mais le seul joueur français de classe mondiale ne perdrait rien à plus d'émulation.
4/Loïc Rémy est le meilleur attaquant français évoluant en France. Coaching gagnant de Laurent Blanc: remplacement de Ribéry par Rémy (64e), but de l'attaquant de l'OM huit minutes plus tard...
5/On aurait préféré voir une journée de Ligue 1, ce week-end, même Ajaccio ou Nancy, plutôt que s'infliger ce pensum. Une dérogation de la FIFA était envisageable pour gagner une date dans un calendrier infernal. La preuve? Éric Abidal, l'un des rares défenseurs français de niveau mondial, n'a pas joué vendredi soir, parce qu'il était sur le banc du Barça contre un club de troisième division espagnole en Coupe du Roi, deux jours plus tôt.
C'est là que le préambule s'achève et que l'affaire devient intéressante. Initialement prévu le 13 décembre, cet étonnant L'Hospitalet - FC Barcelone a été avancé d'un mois pour permettre aux Catalans, Champions d'Europe, de participer au prochain Mondial des Clubs (8 au 18 décembre) au Japon. Une compétition organisée par la FIFA, d'où la dérogation accordée au Barça pour alléger son calendrier (au moins 63 matches en 2011!).
Quant à l'homme qui rejoindra bientôt le cénacle des triples Ballons d'Or (Cruyff, Platini, Van Basten), j'ai nommé Lionel Messi, il n'était ni sur le terrain, ni même sur le banc du Barça, ce mercredi 9 novembre: il avait été laissé libre par son club pour rejoindre la sélection argentine, engagée sur le front des qualifications pour le Mondial 2014.
Au Monumental de Buenos Aires, entouré de son coéquipier du Barça Javier Mascherano, de Javier Pastore (PSG) ou Gonzalo Higuain (Real Madrid), le meilleur joueur potentiel de tous les temps n'a pu faire triompher l
'Albiceleste face à la modeste Bolivie. 1-1, pas de vainqueur mais coaching gagnant d'Alessandro Sabella, le sélectionneur argentin: remplacement d'Alvarez par Lavezzi à la 59e, égalisation par l'attaquant du Napoli une minute plus tard...
Encore un match à oublier. De quoi conforter le grand Pelé dans sa récente analyse du cas Messi: "Je pense que les grands joueurs se caractérisent par leurs performances en Coupe du monde. Regardez Messi au Barça. Il est exceptionnel. Mais avec l'Argentine, c'est complètement différent."
Vrai, en apparence: depuis l'été 2008, Lionel Messi tourne, avec le Barça, a une moyenne de 0,9 buts par match. A lui seul, il a inscrit 32% des buts marqués marqués par les Catalans sous le règne de Pep Guardiola. Son ratio en équipe nationale est en comparaison misérable: 10 buts en 43 sélections (0,23 but par match).
Vrai, en apparence seulement. L'avènement de Messi, c'est l'histoire d'un retour à la Trinité. Le Barça, plus qu'un club, joue le rôle du Saint-Esprit. Guardiola, plus qu'un entraineur, serait Dieu le Père, celui qui a tout conçu. Quant à Messi, c'est Jésus, prophète des Temps Nouveaux, post-modernes, ceux d'après les Nations. C'est une vue de l'esprit, je l'admets, et je comprends que Pelé ne puisse la partager.
Le Barça a permis à Messi de grandir, traitement médical à la clé; Guardiola a permis à Messi de briller, en lui donnant la liberté; Messi le leur a rendu au centuple, et même deux fois plus: le 1er novembre à Plzen, en Ligue des Champions, il a dépassé les 200 buts depuis ses débuts pros avec les Blaugranas, en 2004.
C'est cette histoire que Canal Plus raconte, ce soir à 20h55, après le rendez-vous vespéral du CFC: l'Intégrale Messi est un documentaire extraordinaire qui condense, sur 90 minutes, le parcours hors-norme d'un homme ayant échappé à son adversité, d'un joueur échappant à tous ses adversaires comme à toute évaluation. Conduite de balle de Diego Maradona, vitesse de Ronaldo (le Brésilien comme le Portugais), efficacité de Gerd Müller: qui dit mieux? Personne, pas même le Roi Pelé.
Messi est-il ou pas, sera-t-il ou pas, le meilleur joueur de tous les temps? Gagnera-t-il un jour la Coupe du monde? Ou pas? Ce n'est pas le problème. Ce n'est pas mon problème. Il est le meilleur du football, ici et maintenant. Regardez-le, oubliez pour un soir les temps difficiles, les polémiques médiocres et le football du passé. Mardi, ce sera France - Belgique et déjà, ce passé resurgit pour obscurcir l'avenir. Même un Messie ne peut rien contre cela...